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Bellevue-CDI

Bellevue-CDI

Un blog pour les élèves du collège Bellevue à Toulouse : critiques de livres, actualité littéraire, animations diverses Dossier Histoire des arts 3e

Publié le par prof-doc
Publié dans : #HISTOIRE DES ARTS 3E

Histoire des Arts/Espagnol/ 2012-2013

 

Contexte autour de la réalisation de l’objet d’étude La Boda de Francisco de Goya

 

L’installation de Francisco de Goya à Madrid en 1775 (il est alors âgé de 29 ans) marque naturellement un nouveau tournant personnel et artistique dans sa carrière. Les cartons de tapisseries (ébauches que l’on glisse sous la trame et dont le licier suit le tracé au fil du tissage) constituèrent le premier travail documenté à Madrid. La carrière de Goya débuta dans un registre à priori mineur ; il était chargé de réaliser les modèles qui serviraient aux tisserands. Ces peintures strictement utilitaires n’étaient conservées que comme archives et point destinées à l’exposition à l’époque. L’artiste commença donc dans les conditions précaires d’un travailleur temporaire (le cartonnier n’était généralement pas reconnu comme « artiste peintre ») et probablement grâce à la recommandation de son beau-frère, bien établi, Francisco Bayeu. Ce dernier était alors l’adjoint de Mengs, l’inspirateur esthétique et pratique de tout ce qui se faisait à ce moment-là à la Manufacture Royale de Tapisseries de Santa Barbara, institution créée en 1720 par Philippe V qui avait fait venir d’Anvers la famille Vandergoten. Mengs, l’un des directeurs artistiques de cette institution avait déjà introduit dans la thématique des cartons les sujets de la peinture de genre, qui prendront une importance nouvelle précisément à l’époque où Goya commencera à y collaborer. De nos jours, la fabrique maintient la production artisanale de tapisseries et de tapis et forme de nouveaux artisans. De plus, grâce à son statut de fondation, elle est aussi chargée de conserver les documents et divulguer le legs historique de la Manufacture Royale, protéger le patrimoine historique espagnol et encourager la restauration de tapis et de tapisseries.

A partir de 1770 environ, ces cartons ne puisent plus leurs thèmes dans les modèles flamands traditionnels mais commencent à s’inspirer de la vie populaire espagnole contemporaine. Lorsque Goya s’installa à Madrid, ce modèle social d’authenticité exhibitionniste des coutumes était à la mode et brillait sans réserves dans les soirées, les théâtres et dans toutes les manifestations festives. Face à ce populisme, les réformateurs de la politique, qui l’étaient aussi de la morale et de l’esthétique, essayèrent de renouveler cette mode traditionaliste, proposant des modèles plus vivants et plus constructifs de ce que devrait être le divertissement populaire. Les nouveaux modèles de cartons de tapisseries que l’on commença à réaliser à partir des années 1770 en furent un modèle très éloquent.

En ce sens, Goya trouva dans cette nouvelle tâche un bon terrain pour développer son talent naissant. Il parvint ainsi à se faire remarquer assez vite par la rapidité d’exécution et la vivacité de plus en plus grande de ses cartons. De plus, son installation à Madrid coïncide avec la période de succès des réformateurs éclairés, qui, de façon certaine, aidèrent et influencèrent l’artiste. Dans la décennie 1780, Goya était un afrancesado (un partisan des Lumières venant de France) et il s’intégra aux cercles des ilustrados, ces « intellectuels » progressistes influencés par les idées des Lumières. Goya partageait avec eux leurs réflexions sur les défauts de la société de son époque.

 

Présentation et analyse de l’objet d’étude La Boda de Francisco de Goya

 

La Boda de Francisco de Goya est l’un des derniers tableaux de la série des Cartones(1775-1792), cartons préparatoires pour la Manufacture Royale de Tapisseries. Cette huile sur toile (269 x 396 cm) a été réalisée en 1792 et se trouve actuellement au musée du Prado à Madrid. Elle était destinée à la décoration du bureau de Carlos IV du monastère El Escorial. Elle mélange deux styles : le rococo et le néo-classicisme. Après le déclin du mouvement baroque dans la seconde moitié du XVIIIe siècle naît le rococo. Les peintures sont alors caractérisées par de nombreuses couleurs pastel et des formes incurvées. Les sujets représentés puisent dans le registre de la peinture de genre (peinture représentant des scènes de la vie quotidienne et intime). Ce mouvement est progressivement remplacé par le néo-classicisme qui est un retour à l’austérité ou du moins un retour aux canons de l’Antiquité.

Dans La Boda Goya dénonce sur un ton satirique la tradition des mariages arrangés par les parents de jeunes filles avec des hommes plus âgés et fortunés, une société décadente et condamnée par une nouvelle génération qui s’éveille. Ce tableau semble un prélude à la série de gravures des Caprichos (1797/99) où l’artiste critique le comportement de ses congénères en se fondant sur la raison.

La noce se rend à l’église ou sort de l’église pour se rendre au banquet. La promenade est saisie dans un décor impressionnant (un pont massif et austère) qui cadre une galerie de portraits.

Le pont rappelle le décor d’un théâtre devant lequel passent des acteurs représentant une scène de la vie quotidienne. La symétrie de la ligne imaginaire dessinée par les pieds des personnages et la courbe du pont apporte du dynamisme à la trajectoire des personnages qui vont de gauche à droite. Ce décor est-il une métaphore des fourches caudines sous lesquelles doit passer la jeune femme soumise aux pressions de sa famille ? Quoi qu’il en soit, il semble insolite dans cette ambiance festive. Le fond de la composition se trouve réduit à l’arc par lequel pénètre la lumière qui illumine le groupe de personnages. Le pont sépare la zone illuminée du fond du premier plan plus sombre, Goya crée ainsi une sensation d’espace et de profondeur. De plus, la lumière fait ressortir les bijoux et les verroteries des personnages. L’artiste apporte un soin particulier à l’étude du contraste ombre et lumière ainsi qu’aux attitudes et expressions des personnages.

La présence des «  gavroches » qui dansent prés du musicien rend la scène joyeuse. La noce est pour eux un moment de fête ; ils recevront certainement quelques pièces à la sortie de l’église. Le thème de l’enfance est souvent repris dans l’œuvre de Goya notamment dans les cartons intitulés : Niños inflando una vejiga (1778), Niños con mastines (1786/87), Las gigantillas (1791/92), Muchachos trepando a un árbol (1791/92)… Dans La Boda, l’enfant qui lève les bras sur la charrette a le même visage que celui qui apparaît dans Las gigantillas.

Aucun personnage n’en cache un autre. Ces derniers offrent une variété d’attitudes et de comportements ; les expressions des visages se voient parfaitement. Le spectateur distingue deux groupes : ceux qui regardent le père et les commères qui observent la mariée. Personne ne regarde le marié. Il se trouve pourtant au centre du tableau, porte des couleurs vives (lesquelles contrastent avec le bleu clair du ciel et les couleurs ternes des vêtements des autres invités) et est isolé par les regards qui se portent à sa droite et à sa gauche. Cet indiano (nom familier donné à un nouveau riche qui a fait fortune dans le Nouveau Monde) est représenté de manière grotesque. Le personnage, d’une laideur repoussante essaie de retenir sa jeune épouse qui fuit en avant, le visage froid, le menton levé et les mains serrées sur son ventre. La représentation physique du marié annonce la déformation exagérée des physionomies et des corps des sujets des Caprices. Dans les 80 estampes Goya déforme et exagère les traits de ceux qui incarnent les vices et les bêtises humaines, ce qui amène celui qui les contemple à les condamner sans ambages.

Le père de l’épousée regarde tristement le couple et semble regretter la situation. Il extériorise ses sentiments par un mouvement de bras et de tête.

Le vieil homme en retrait incline la tête ; il a peut-être honte de la situation. Sa position dans le tableau à l’extrême opposé de l’enfant qui lève les bras, tous deux séparés par la forme semi-circulaire du pont, semble symboliser la représentation du cycle de la vie.

 

Références

Calvo Serraller, Francisco. Goya. Gallimard/Electa, 1997

Baticle, Jeannine. Goya d’or et de sang. Découvertes, Gallimard, 1986

Medioni, Maria-Alice. La Boda (1791-92) Francisco de Goya. Gfen.langues. (consulté le 19/01/2013). http://gfen.langues.free.fr

Krausse, Anna-Carola. Histoire de la peinture de la Renaissance à nos jours. Grund, 1995

Comment La Dame à la licorne a-t-elle été tissée?. Le Petit Léonard. N°166. Mars 2009

 

Fiche réalisée par M.P. Diaz, professeur d'espagnol au collège Bellevue.

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Lien avec un site pédagogique de l'académie de Toulouse.

 

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