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Bellevue-CDI

Bellevue-CDI

Un blog pour les élèves du collège Bellevue à Toulouse : critiques de livres, actualité littéraire, animations diverses Dossier Histoire des arts 3e

Publié le par prof-doc
Publié dans : #HISTOIRE DES ARTS 3E

CHARLIE CHAPLIN – SCENE DE LA MAPPEMONDE

 

C’est la première fois que Chaplin utilise les techniques du cinéma parlant dans le film « Le dictateur ». Toutefois, cette fameuse scène lui permet de revenir à la pantomime propre au cinéma muet car, dans cette séquence, Hynquel parle très peu mais il nus offre, sur la musique de Wagner, une scène (dans son script, il l’appelle « danse routine ») angl = séquence dansée, numéro de danse) de danse à la chorégraphie très aérienne et très poétique qui contraste singulièrement avec l’image du dictateur un uniforme et botes de cuir et qui contraste aussi étonnamment avec la brutalité du premier discours d’Hynkel. La pantomime permet par les seuls gestes à un acteur d’exprimer une foule d’émotions et de sentiments. Il faut rappeler que Charlie Chaplin adorait la danse classique. On peut rappeler à ce propos son film « les feux de la rampe » dont le sujet porte sur une jeune danseuse classique. Dans cette scène, force est de contater que les mouvements qu’exécute Chaplin/Hynkel sont pleins d’équilibre et d’harmonie tels que l’exige la chorégraphie classique.

 

La musique est de Richard Wagner, il s’agit du prélude de l’opéra Lohengrin, le chevalier au cygne. Dans cette œuvre complexe, sur un mythe germanique concernant le Brabant, Lohengrin est un preux chevalier fils de Parsifal/Percifal, le chevalier qui vit le Graal. Nous avons là des références précises aux goûts d’Hitler qui adorait Wagner ainsi que les mythes médiévaux (matière bretonne : cycle de la Table Ronde.). Il fut un passionné d’ésotérisme et on prétend qu’il chercha le Graal qui rendrait immortel et invincible et procurerait la puissance absolue à quiconque le posséderait (le Graal est le récipient qui aurait servi à récupérer le sang du Christ sur la Croix).

Cette scène de pantomime se déroule dans le vaste bureau d’Hynkel juste après l’intervention de Garbich qui a suggéré à Hynkel le fait qu’il pourrait devenir un dieu brun régnant sur des blonds aux yeux clairs. (Cette perspective provoque chez Hynkel une réaction burlesque puisqu’il grimpe aux rideaux afin de se rapprocher symboliquement des cieux dans une véritable apothéose. Ce geste traduit bien sûr sa folie et son ego démesuré. La contre-plongée permet de figurer ce rêve impérialiste (la contre plongée c’est la caméra en contrebas par rapport au personnage ce qui permet de le grandir et de le sublimer).

 

Cette scène peut se découper en trois parties :

 

1ère partie : le rêve impérialiste

 

Hynkel demande à rester seul sur le ton tragique du Héros du conquérant seul au monde. On pense à Auguste dans le Cinna de Corneille qui dit « Je suis maître de moi comme de l’univers » Hynkel descend lentement du rideau comme un dieu qui se poserait sur la terre. D’un pas langoureux, les mains sur hanches, il approche de la mappemende avec intérêt, curiosité prêt à la séduction puisqu’il sourit. « Aut Caesar aut nullus » (César ou personne), cette devise latine qu’il prononce, penché sur le globe, est la devise de César Borgfia et celle des ambitieux s’il en est. Il traduit d’ailleurs immédiatement cette ambition en s’appelant « empereur du monde » avec un regard particulièrement concupiscent pour la planète qu’il nomme « mon monde » avec un sentiment évident de possession. Dans un moment de concentration magique, il s’empare du globe qui devient un ballon et cesse d’être une mappemonde fixe, rigide et lourde. Nous plongeons dans le burlesque poétique à partir de ce moment. Hynkel fait rebondir l’objet d’un poignent sur l’autre en riant démoniaquement. Il le lance violemment en l’air d’un coup de pied grotesque, le récupère sur le crâne : il découvre ce faisant qu’il peut en faire ce qu’il veut, le monde est son jouet. Il est en extase tout en continuant de jouer négligemment. Maintenant il montre son pouvoir car il étreint le globe, tape du pied, modifie sa prise de manière que sa main droite soit au-dessus et sa main gauche au-dessous. On dirait une sculpture antique tel le titan Atlas supportant la voûte céleste.

 

2ème partie : la domination totale du monde

 

Le globe est revenu vers lui et Hynkel se dirige vers son bureau, symbole de son pouvoir. Il se remet à jouer à la balle en montant sur ce meuble avec des gestes tendres puis ridicules puisqu’il fait rebondir le ballon deux fois sur ses fesses, ce qui peut traduire un mépris patent pour la planète. Le ballon passe alors devant le symbole de la double croix qui trône sur le mur en majesté, entourée d’une véritable « gloire », ce genre de plissé qui symbolise les rayons du soleil et qui, dans l’architecture sacrée des chrétiens souligne la représentation de la Croix ou du Saint-Esprit. La déification est à nouveau symbolisée. Puis il fait tourner le globe sur sa main avec un air béat plein d’amour, toujours allongé sur son bureau. Il redescend, passe de l’autre côté du bureau et, dans un élan mystique vers le globe, il le lance ne l’air très haut tandis qu’il bondit après lui sur son bureau avec un incroyable bond plein de souplesse et de légèreté. Il le rattrape, le relance, saute à nouveau au sol dans un mouvement lent.

 

3ème partie : la chute

 

Ayant rattrapé brutalement la mappemonde, il l’étreint avec un vif désir de possession. Le globe éclate, la musique, jusqu’à présent douce et sensible (instrument à cordes : violons…) s’arrête brutalement et laisse place à des sons graves et funèbres (cuivres), cela traduit bien sûr le rêve brisé du dictateur. Hynkel prend les lambeaux qui restent accrochés à son bras et éclate subitement en pleurs comme un petit enfant qui vient de casser son jouet. Ce geste traduit un comique de caractère : Hynkel est un être névrosé, capricieux et d’un extrême fragilité psychologique, bien loin du grand conquérant, du héros voire du dieu qu’il croyait être au début de la scène. Son attitude est particulièrement pitoyable pour le spectateur. Chaplin, en artiste engagé, est ici visionnaire du futur puisqu’il pressent que la  même chose arrivera à Hitler. Les dernières images nous montrent Hynkel affalé sur son bureau en train de pleurer et un fondu-enchaîné relie ce dernier  plan du dictateur à la boutique du barbier dans le ghetto. Nous retrouvons dans ces deux personnages superposées la gémellité Hynkel/barbier juif déjà rencontrée lors de l’analyse de la première séquence.

 

Conclusion

Cette scène, qui est très certainement la plus célèbre du « Dictateur » de Chaplin, surprend par son côté extrêmement tendre et poétique C’est le seul moment où Hynkel se révèle tel qu’il est réellement, c’est-à-dire un personnage puéril, enfantin pour qui la politique et le statut de dictateur semblent n’être qu’un jeu. La chute du cette scène de la mappemonde restitue le caractère comique général du film. On a reproché ce passage  à Charlie Chaplin. Il a répondu que sur 127 minutes que dure le film, il pouvait bien s’accorder un moment plus léger de quelques minutes où la poésie et la danse prennent le pas sur l’humour au service de la critiquer et de la satire.

 

 

 

 

 

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